Le test des trois passoires

11 décembre 2016 - par jacintheranger

Dans la Grèce Antique, Socrate était l’homme que l’on allait consulter si un questionnement ne trouvait pas réponse. Ce sage homme avait réputation de toujours dire la vérité, la vraie, quoi que cela lui procure et que si une rumeur venait à lui, il s’assurait que cela soit vrai, bon et utile avant de l’entendre. C’est exactement ce que Lyse Ravary n’a pas fait, lorsqu’elle a décidé d’écrire un article concernant la tenue de Safia Nolin, le lendemain du 38e gala de l’ADISQ.

Un jeans et un chandail de Gerry Boulet. Une paire de soulier confortable où l’on voit qu’ils ont beaucoup voyagé. Une femme au naturelle, s’assumant pleinement, sans lunettes de soleil et sans bijoux. Cette Safia Nolin est le modèle qu’il fallait pour les jeunes. Parce-que enseveli sous les Mme. Marie-Mai, Morin et Cloutier de ce monde, l’image de la femme ne cesse de passer sous la loupe et finit par s’installer scrupuleusement entre les deux oreilles de milliards de jeunes.

L’article de Lyse Ravary paru dans le journal de Montréal au lendemain du Gala, écrivait noir sur blanc « Le look sale, était-ce vraiment important ? », « si Safia Nolin est une icône féministe, je rends ma carte de membre. » L’opinion personnelle d’une chroniqueuse, visant une jeune femme de 25 ans qui n’avait rien demandé, à part être écouté, venait d’être lue par des milliers de gens.

Était-ce vraiment pertinent comme réflexion ? Non, et c’était de l’intimidation à l’état pure.

La passoire
Le test de la passoire, vous connaissez ? Dans ce test, Si Socrate avait été le chroniqueur en chef du journal de Montréal, il aurait demandé trois questions à Mme Ravary. De un, si ce qu’elle veut écrire est vrai. Elle aurait répondu que non, pas nécessairement, puisqu’elle publie son opinion et qu’une opinion ne peut être ni vrai ni fausse. Alors il aurait passé à la deuxième question qui est : ce que tu veux écrire est-il quelque chose de bien ? Elle aurait répliqué que non, mais elle se serait défendue en expliquant qu’il faut bien qu’elle trouve un sujet pour remplir la page du journal lui étant destinée.
Finalement il lui aurait demandé si ce qu’elle veut écrire est utile. À cela, elle lui aurait répondu que non, qu’elle ne fait que noircir une page d’un journal pour pouvoir être payé.

Après ce test, en sachant que cette chronique n’est ni vrai, ni bonne, ni utile, Socrate lui aurait demandé de ne pas la publié.

À tous ceux qui se reconnaissent
Non seulement Lyse Ravary, mais un paquet de gens vraisemblablement pressé de vomir leurs opinions sur les réseaux sociaux ont fait savoir leur mécontentement face à son linge. J’étais déçue de remarquer le nombre faramineux de commentaires portés à l’égard de cette si talentueuse femme qui gagna la mention découverte de l’année. Des commentaires totalement mesquins et sans but précis tels « personne ne t’a jamais dit qu’il faut s’habiller convenablement lors d’un gala ? » ou « que tu as l’air folle sur le tapis rouge ce soir ! Désolant pour tes fans ! » Pour ces gens, c’est vrai, on ne peut rien y faire. Ils sont maitres de leurs claviers.

Voilà le problème. Trop de points de vues fastidieux, trop de gens pensent leurs opinions importantes et nécessaires mais qui ne le sont pas. En se servant de l’accoutrement d’une artiste de la relève commençant à se faire connaître et d’y mettre une étiquette, Lyse Ravary n’a fait que renforcer cette image passée sous le bistouri. Cette image que l’on veut se débarrasser, mais qui colle et colle.

Prise de conscience, svp !
À l’heure où des publicités sont créées dans le but de sensibiliser la société à l’intimidation, où le ministre de la Justice, de la Famille et de l’Éducation se mobilisent pour dénoncer cette cause et y investisse un chiffre important, il serait nécessaire que des gens publiant leurs opinions dans des journaux populaires ai une conscience un peu plus développée.

Aurait-elle écrit cela en sachant quelques statistiques qui donnent froid dans le dos ? Qu’au Canada, l’intimidation augmentent le risque d’idées suicidaires et que chez les personnes âgées de 15 à 34 ans, le suicide est la deuxième cause de décès.

La forme de cyberintimidation est la plus courante indiqué par 73 % des victimes et que les filles sont plus susceptibles que les garçons d’être intimidées sous cette forme. Qu’elle soit flagrante ou subtile, écrite par une journaliste ou un nobody, on ne veut pas savoir ton opinion péjorative !

 

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