Quand tuer n’est plus un crime

8 décembre 2016 - par JBeauchamp

 

Le souffle lourd, vous plisser les yeux à cause des murs blancs qui vous éblouisse. Votre corps est plié est deux, la douleur n’est plus supportable. La grande faucheuse vous chuchote que ce n’est pas encore à votre tour. Par contre, n’en pouvant plus de la solitude, de la douleur et de la peur vous décidez de provoquer les choses. Les yeux remplis de compassion du docteur croisent les vôtres. Sans avoir eu l’option de l’aide médicale à mourir, vous auriez pu passer d’autres heureux moments avec votre entourage. Par contre, trop pressé d’en finir vos yeux se ferment pour la dernière fois sur cette chambre d’hôpital.

 

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Ne leur passons pas la corde au cou, plutôt tendons leur la main ©Archives AFP

Cette année, le Canada a adopté le projet de loi C-14 qui permet l’aide médicale à mourir. Deux possibilités sont offertes pour les personnes souffrantes, dont l’aide médicale au suicide qui consiste en la prescription d’une substance pour que le malade provoque lui-même sa mort. Aussi, il y a l’euthanasie volontaire qui implique qu’un médecin ou un infirmier praticien administre le liquide.

Ce type d’aide est présent dans quatre États américains, dont l’Oregon, en Colombie, en Belgique, au Pays-Bas et au Luxembourg. Dans certains pays, l’aide médicale à mourir représente 2% de l’ensemble des décès.

 

Les médecins qui doivent incarner la grande faucheuse

Au Québec, les experts de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD) ont été surpris par le nombre de demandes qui est le double de leurs prévisions. En une demi-année au Québec, 253 personnes ont fait une demande pour l’aide médicale à mourir. Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette a déclaré que nous pouvons être rassuré puisque tout s’est fait « selon les règles de l’art ». Ce n’est pas parce quelques chose est encadrée que c’est la bonne chose à faire.

 

Déjouer les règles

L’article 14 du Code criminel stipule que causer la mort d’une personne est un crime. Pourtant, on oblige les docteurs à tuer des patients qui n’ont plus foi en l’avenir. Évidemment, ils peuvent refuser d’administrer la substance mortelle, mais ils doivent quand même évaluer le patient pour s’assurer qu’il satisfait les critères.

Selon l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal (IRSPUM), la plupart des médecins qui ne sont pas favorables ne l’expliquent pas par des motifs religieux, mais plutôt par le fait que ce genre de demande perturbe la tranquillité d’esprit des autres patients. Aux Pays-Bas, plus de la moitié des patients ayant recours à aide médicale à mourir ont refusé de prendre des médicaments pour essayer de guérir. Ces patients abandonnent tous espoirs de vie et ont les encourage en leur proposant une solution.

La Commission de soins de fin de vie se bat pour préserver la croyance de pas précipiter ou faire tarder la mort. Un des membres de la commission a déclaré: « Je m’inquiète pour le personnel dévoué qui pourrait délaisser les soins palliatifs parce que ça devient invivable».

 

Voie facile, mais fatale

Au Québec, la personne doit donner son consentement éclairé. Au Luxembourg, les personnes qui souffrent d’une maladie mentale sont admissibles pour recevoir l’aide à mourir. Comment évaluer que ces personnes sont consentantes? Que ce n’est pas qu’un moment plus difficile de leur vie. Nous les aidons à se mettre la corde au cou quand leur vie n’est même pas en danger. Il ne faut pas leur proposer une voie facile, mais fatale aux personnes souffrant mentalement. Il leur faut de l’aide, pas d’un liquide pour mettre fin à leur jour.

Voici d’anciens cas en Belgique d’aide à mourir qui ont été acceptés: une personne transgenre qui ressentait un trouble psychologique à cause d’une chirurgie ratée, une femme anorexique qui était victime de violence sexuelle et des personnes qui ressentaient de la peine à cause de la perte d’êtres chers. Ces personnes avaient besoin de soutien moral et d’un psychologue pour régler leur problème.

 

« de véritables risques pour les personnes marginalisées»

Le document du Contexte législatif: aide à mourir du gouvernement du Canada explique que : « l’aide médicale à mourir pourrait poser de véritables risques pour les personnes marginalisées, seules ou qui manquent de soutien social ou autres, et ceci pourrait renforcer les perceptions sociales négatives quant à la qualité de vie des personnes malades ou handicapées. » Il faut que nos restrictions restent très rigoureuses pour empêcher ce genre de situation immorale.

En Belgique, les professeurs, les psychiatres et les psychologues combattent contre « la banalisation croissante de l’accès à l’euthanasie pour seul motif de souffrance psychique ».

Vous avez renoncé, vous avez réalisé qu’il vous restait quelques moments heureux à vivre et quelques bouffés d’air à respirer. L’aide-infirmière ouvre la porte de votre maison pour vous installer confortablement dans votre chaise préférée. Le suicide ne devrait pas être une option. Il faut mettre plus d’argent dans le développement de médicament, pour les aider à guérir ou à moins souffrir. À la place de leur tendre la corde, tendons-leur la main.

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