Le Québec trop blanc ?

8 décembre 2016 - par Damarce Hesima

Je suis canadienne d’origine rwandaise, mais depuis plus de 12 ans, le Québec n’a pas pu m’offrir une représentation digne de mes origines à la télévision. Comment ça se fait qu’on en est encore là en 2016 ? Qu’en 2016, de jeunes Haïtien, Africains, Latinos et autres minorités visibles ne peuvent même se voir sur Vrak.tv ou TVA ?

 C’est redondant, mais c’est vrai. Il y a un gros manque de diversité culturelle dans nos écrans. Je ne parle pas ici des participants noirs à La Voix, mais je parle ici des émissions que je regarde depuis que j’ai 6 ans. Ces émissions qui nous présentent toujours les mêmes têtes. Des têtes blanches. Des têtes de Québécois de souche. En 2012, La Presse a calculé que seulement 5 % des rôles principaux sont joués par des minorités visibles. Du côté des nouveautés d’automne en 2016, le même calcul montre que 3 % des comédiens font partie des minorités visibles. En janvier, nos médias québécois ont parlé très souvent du manque de diversité à la soirée d’Oscar aux États-Unis, mais sommes-nous mieux au Québec ? Pas vraiment.

J’ai grandi avec la télévision québécoise, que cela soit sur Télé-Québec avec Ramdam ou Vrak.tv avec Une grenade avec ça ? Je suis même capable d’embarquer dans une discussion sur la dernière saison de Mix Mania. En réalité, Vrak.Tv c’est mon enfance, c’est ma jeunesse. Pourtant c’est drôle, je ne me souviens pas d’avoir vue plusieurs filles noires qui me ressemblent ou qui ont un nom de famille aussi compliqué que celui de mon père. Il a fallu que je change de chaine. Je me tourne vers Musique Plus. Déjà là c’était un peu mieux. Diandra. Belle animatrice, pétillante, d’origine haïtienne et en plus elle a les mêmes cheveux que moi. Par contre je me demande ; elles sont où les autres Diandra pour animer Salut Bonjour le matin ? Ou sur Code F le soir avec Marianna Mazza ? Les Diandra sont en voie d’extinction au Québec et cela depuis bien longtemps.

Lorsque les producteurs décident de donner des rôles à des minorités visibles, c’est des rôles stéréotypés. Une réalité que j’observe dans l’émission 30 vies de Fabienne Larouche. Le noir, c’est un mauvais garçon dans un gang de rue et l’arabe voilée est obligatoirement celle qui est oppressée par la religion et sa famille. Et si cet acteur « mauvais garçon » était celui qui a des bonnes notes, une belle famille et une vie stable. Est-ce trop en demander ? Ce n’est pas parce que tu as un personnage noir dans ton émission que tout d’un coup tu as une émission qui a de la diversité culturelle.

La publicité du 375e anniversaire de Montréal a fait beaucoup parler et ce n’est pas pour rien. Je ne savais pas que Montréal, c’était juste monsieur Tremblay, la famille Gagnon et ma tante Roy. J’ai quand même l’impression que Gilbert Rozon a raté son coup. Je ne peux pas croire que sur 2 millions d’habitants à Montréal, aucun chinois, arabe ou amérindien est représenté dans la publicité de Montréal s’allume.

Ce n’est pas comme s’il n’y en avait pas. Près du tiers des habitants montréalais sont des minorités visibles. Mais bon, comme monsieur Rozon le dit : « Ils avaient choisi des vedettes pour aller chercher les téléspectateurs. »

C’est vrai que Céline en trouve pas mal des téléspectateurs et Éric Salvail aussi. Tout comme Sugar Sammy, Boucar Diouf et Eddy King, ils étaient où eux durant le tournage ? Ils sont très peu à représenter la minorité visible dans nos écrans. Le mieux aurait été de les intégrer comme eux se sont intégrés le Québec.

Tout le monde mérite une place et tout le monde a sa place. ©Vincent Chaboy

Nous sommes des morceaux incomplets. Mais ensemble nous pouvons nous completer. ©Vincent Chaboy

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