Imbroglios à la sauce Trump

8 décembre 2016 - par Florian Cruzille

« Ne pas avoir commis d’erreur de débutant » devrait être une des closes du loyer de la Maison Blanche. ©Associated Press

 

Une autre semaine, une autre controverse entourant Donald Trump. Cette fois-ci, c’est sa conversation téléphonique avec la présidente de Taïwan Tsai Ing-Wen qui cause du remous. Cependant, bien plus qu’une simple « erreur diplomatique » de la part du milliardaire, cette faute fait ressortir à mes yeux son incompétence en lien avec tout ce qui a trait à son futur poste : Président des États-Unis.

 

Eh oui. Vous l’avez sûrement vu passer dans vos journaux favoris, Donald Trump s’est mis à dos quelqu’un d’autre en fin de semaine dernière. Il s’agit dans ce cas de nul autre que le président de la République Populaire de Chine Xi Jinping. Loin d’être les meilleurs amis du monde en premier lieu, la tension a encore monté lorsque Trump, dans sa finesse légendaire, a révélé sur le champ de mines qu’est son compte Twitter qu’il avait eu une conversation avec la présidente de l’île de Taïwan.

 

Qualifié d’inoffensif « appel de courtoisie » par le vice-président en devenir Mike Pence, la chef taïwanaise aurait appelé de son plein gré M.Trump pour le féliciter pour son élection – près d’un mois après qu’elle ait eu lieu, soit dit en passant. Le seul hic, c’est qu’il y a une certaine ambiguïté par rapport au fait que Taïwan appartient ou non au territoire chinois. Et en brisant un silence radio de plus de 35 ans avec l’île est-asiatique, le président élu des États-Unis sous-entend – aux yeux de gouvernement chinois – qu’elle est bel et bien indépendante du continent.

 

Toutefois, au lieu de critiquer directement la manœuvre du milliardaire, Xi Jinping s’en est plutôt pris au gouvernement taïwanais, l’accusant d’avoir tendu un piège à Trump. Je ne peux m’empêcher de rire en relisant ces derniers mots. « Tendre un piège à Trump ». Ça témoigne assez clairement du niveau de confiance que les dirigeants des puissances mondiales ont en lui. On parle de cet appel téléphonique comme un mauvais tour qu’on aurait joué à un gamin.

 

Le gouvernement chinois a eu la délicatesse de ne pas blâmer Trump, mais ce dernier n'a pu s'empêcher de l'attaquer. ©Nicolas Asfouri, Agence France-Presse

Le gouvernement chinois a eu la délicatesse de ne pas blâmer Trump, mais ce dernier n’a pu s’empêcher de l’attaquer. ©Nicolas Asfouri, Agence France-Presse

 

D’ailleurs, au lieu d’admettre sa maladresse, Donald Trump s’est tourné vers son moyen de communication préféré pour s’en prendre directement à la Chine. En quelques tweet, il a dénoncé – toujours avec un tact qui lui est propre – la taxation des exportations américaines par le gouvernement chinois ainsi que son implication militaire dans la mer de Chine méridionale. Le futur résident de la Maison Blanche fait donc preuve de maladresse non seulement dans ses actions, mais aussi ses réactions.

 

Évidemment, « l’incompétent en chef » se doit d’avoir des partenaires à la hauteur de ses capacités dans son équipe politique. C’est sans doute pourquoi il a nommé le chirurgien retraité Ben Carson au poste de secrétaire de l’Urbanisme et du Logement. À première vue, il ne semble pas moins qualifié qu’un autre pour remplir ce rôle.

 

Cependant, il a admis lui-même ne pas avoir les aptitudes nécessaires pour occuper un poste au fédéral quelques semaines avant son recrutement. Ça n’a pas empêché Donald Trump de l’accueillir dans ses rangs. Et comme pour justifier ce choix de la part de l’homme d’affaires, le porte-parole de M. Carson a souligné que ce dernier répondait tout à fait aux critères de secrétaire de l’Urbanisme et du Logement, et ce, puisqu’il « a passé une partie de son enfance dans un logement social. ». Comme l’ironise Stephen Colbert dans l’édition du 6 décembre de son Late Show, « notre prochain Médecin chef sera quelqu’un qui a déjà été chez le docteur. ».

 

Il serait donc judicieux pour Trump de réviser ses critères de sélection pour les membres les plus hauts placés de son gouvernement. Mais avant cela, il devrait s’assurer qu’il répond lui-même à ces critères. En effet, lorsque le prochain homme le plus puissant au monde confie que « [la présidence est] vraiment un plus gros boulot que ce que je pensais », il y a de quoi avoir peur.

 

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