Où est la limite?

1 décembre 2016 - par JNolette
Safia Nolin réclame le Félix à bras ouvert, sans connaitre la tournure des évènements qui l'attendent ©LeDevoir

Safia Nolin réclame le Félix à bras ouvert, sans connaitre la tournure des évènements qui l’attendent ©LeDevoir

*Cet éditorial est un exercice de style et ne représente pas mon opinion.*

Le Gala de l’Association Québécoise de l’Industrie du Disque, du Spectacle et de la Vidéo récompense la relève et les artistes s’étant démarqués dans notre culture musicale. Cette 38e édition de l’ADISQ est une des plus marquantes qu’il n’y a jamais eu. La nouvelle artiste québécoise: Safia Nolin, fait trembler l’industrie musicale québécoise. Elle va à l’encontre des standards et elle secoue les médias par son authenticité et sa simplicité.

Anticonformiste

Safia Nolin a piétiné le tapis rouge du Gala de l’ADISQ vêtue dans un habit plus qu’ordinaire: une paire de jeans et un t-shirt de Gerry Boulet. Depuis cette apparition, des commentaires plutôt honnêtes défilent sur les réseaux sociaux. Pourquoi? Diane Pacom, sociologue de l’Université d’Ottawa, explique que passer à la télévision est « un privilège qui vient avec l’obligation d’obéir à un certain code esthétique. » Réellement, c’est la société qui crée un cadre pour les consommateurs de médias. La pression sociale et les normes esthétiques forment le cadre. Safia Nolin aurait dû plaire aux téléspectateurs et aux invités de l’ADISQ pour se conformer à ce cadre respectable. Se vêtir pour un gala, c’est respecter son public.  

Cette situation «bâtit [sa carrière] sur la controverse (…)», dit Luc Saint-Hilaire, spécialiste de l’image. Après cette soirée, l’artiste devient un sujet d’actualité sur les réseaux sociaux. Elle est considérée comme une icône féministe sur ces plateformes puisqu’elle a osé être différente au mauvais moment.

Un discours péjoratif

Safia Nolin remporte le Félix dans la catégorie Révélation de l’année et son choix vestimentaire n’est pas le seul aspect controversé de cette soirée. Elle prononce un discours plutôt vulgaire. En montant sur scène, elle lance « Fuck! Fuck, j’ai dit fuck» et «grosse conne» ainsi qu’«on s’en criss! » Diane Pacom ajoute qu’«une vedette, ce n’est pas quelqu’un qui (…) dit de gros mots».

L’animateur de la soirée de l’ADISQ, Louis-Josée Houde, apporte une attention particulière au déclin de l’industrie musicale. Le discours de Safia Nolin est un manque de respect envers cette industrie culturelle. Cette industrie est fondée par plusieurs grands artistes québécois qui ont percé le domaine de l’art et sont devenus des légendes, des vrais artistes. Cette industrie est au fondement de la société québécoise.

Le vocabulaire des Québécois est particulier et il est important de le conserver. «C’est tellement grossier d’y aller de ‘’shit’’ ‘’fuck’’ et de ‘’grosse conne’’ dans un remerciement un soir de gala lorsque son métier est supposé être axé sur la poésie et les paroles de chanson, » précise, l’humoriste, Mariana Mazza. Le gala a donné l’occasion à la jeune artiste, de manière juvénile, de se démarquer. A-t-elle profité de l’occasion pour ressortir de la masse?

Le réel enjeu

Devons-nous nous concentrer sur l’image projetée par les artistes ou bien sur leurs oeuvres? L’avenir de la musique, au Québec, est un chemin sans-retour. La directrice générale de l’ADISQ, Solange Drouin, explique très bien la situation: « Les ventes d’album numériques auraient chuté de 25% dans la dernière année au Québec.» Il est normal de s’inquiéter de l’avenir de la musique, au Québec, surtout si nos artistes ne se portent pas adéquatement en public. Il y a des normes à respecter lors des galas, comme celui de l’ADISQ. Est-ce que les artistes peuvent se sentir brimés par les standards télévisuels?

Parfois, il faut s’adapter au cadre imposé, par l’industrie du spectacle, pour avoir un impact positif sur l’industrie culturelle. Le narcissisme n’a jamais été une bonne qualité. Surtout pas pour une artiste télévisée devant plus d’un million de spectateurs, lors d’un gala d’une grande importance pour les Québécois. Elle n’est qu’un cas parmi d’autres qui fait régresser l’industrie de la musique au Québec. Elle sait chanter, mais sait-elle gérer sa liberté d’expression?

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2 réactions sur “Où est la limite?”

  1. janie boursier dit :

    Beau texte, j’aime bien ton style d’écriture. Tu as aussi une très belle recherche!

  2. jacintheranger dit :

    Ouch! Tu as bien joué la  »game »! Tu apportes des arguments qui me surprennent. Celui de Mariana Mazza entre autre m’a décu…Jamais je n’aurai pensé qu’elle dirait ça… C’est ce qui fait que ton éditorial est vraiment réussi! Tu me surprends avec tes arguments ! Ton amorce est très clair ce que j’ai aussi apprécié. C’est un éditorial réussi !

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