Comment faire le plein de votes ? Dites Islam

1 décembre 2016 - par Bruno Morin
Dire voile, tchador, niqab, burka fait l'affaire des partis identitaires. ©Tiffet

Dire voile, tchador, niqab, burka fait l’affaire des partis identitaires. ©Tiffet

Bienvenue au Québec, petit ilot francophone en Amérique-du-Nord où les partis politiques pourchassent ses minorités comme de la peste.

En près deux semaines, encore une fois, l’islam a été au cœur du programme politique québécois. La Coalition Avenir Québec, le 24 novembre, insinuait sur Twitter que « Couillard et Lisée [sont]en faveur du tchador pour les enseignantes dans nos écoles ». Et la même journée, le chef du Parti Québécois exposait sa nouvelle charte 2.0 interdisant à tous les fonctionnaires en position d’autorité, aux enseignantes et aux éducatrices à porter des signes religieux. Pourquoi s’acharne-t-on autant sur les musulmans?

Une minorité couverte de mauvais sentiments

Publicité de la Coalition Avenir Québec sur la plateforme Twitter qui divise les différentes religions au Québec.

Publicité de la Coalition Avenir Québec sur la plateforme Twitter qui divise les différentes religions au Québec. ©CAQ

Tout ça, c’est de la petite politique fait sur le dos des minorités. Depuis les accommodements raisonnables, deux partis politiques au Québec voguent sur la peur de l’islam et de l’immigrant, la CAQ (l’ex-ADQ) et le Parti Québécois. Les partis politiques qui mènent chez les francophones savent que ce sujet est payant politiquement.

Car, les Québécois sont peureux de l’autre surtout lorsqu’il n’est pas chrétien et à des coutumes différentes. Malgré l’ouverture des Québécois et leur sempiternelle joie de vivre, les minorités sont mal vues au Québec et surtout les signes religieux des Québécois d’origine musulmane. Au Québec, en 2011, il n’y avait que 243 430 musulmans. Sur 8 millions de personnes, ce n’est surement pas la mer à boire.

Et au Canada, il n’y aurait que 6% des femmes musulmanes qui portaient le tchador et le niqab en public. Une estimation rapide, avec ces chiffres, il n’y aurait que 14 000 musulmanes qui porteraient au Québec le tchador et le niqab en public. Depuis quand, fait-on des lois pour 14 000 personnes et moins ?

Malheureusement, les partis identitaires savent que cette frange de la population n’est pas pour eux. Alors, pourquoi la courtiser quand on peut démoniser et sortir l’épouvantail du voile et de l’islamophobie à tous les instants ?

Les isoler dans un mouchoir de poche

Il est alors beaucoup plus facile de stigmatiser ces populations que de faire des ponts entre les communautés.

Les femmes musulmanes portant le voile font partie du Québec comme n'importe quel autre autres minorités visibles. ©Caroline Grégoire/Photothèque Le Soleil

Les femmes musulmanes portant le voile font partie du Québec comme n’importe quel autre autres minorités visibles. ©Caroline Grégoire/Photothèque Le Soleil

Il y a une corrélation très forte entre la radicalisation et la médiatisation de l’islam. Entre 2006 et 2016, le nombre de femmes musulmanes se couvrant la tête a augmenté de 11% au Canada selon un sondage fait au début de l’année. De plus, 22% des musulmans canadiens se disent victimes de discrimination basée sur la religion au courant des cinq dernières années.

Cette discrimination a des conséquences graves sur des Québécois en bonne et due forme. Les agents de radicalisation, comme Adil Charkaoui, utilisaient le débat très polarisant et agressif de la charte des valeurs pour radicaliser les jeunes Québécois. D’après un proche d’un jeune Québécois parti en Syrie, « après la Charte […] [l’agent de radicalisation] disait que ça n’arrivait qu’aux musulmans, parce qu’on était toujours visés. […] Il était convaincu que ce n’était pas possible d’être musulman au Québec avec la Charte. »

Cette attaque à fond de train contre une partie de la population qui est une minorité culturelle et religieuse nous divise entre Canadiens et Québécois.

 

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Une réaction sur “Comment faire le plein de votes ? Dites Islam”

  1. Florian Cruzille dit :

    Très bon éditorial! J’aime la manière dont tu ramènes le phénomène de la radicalisation dans le débat, ça me semble pertinent. Cependant, (ce n’est pas un gros problème), mais je ne vois pas le lien entre ton titre et ton article. Tu aurais peut-être pu donner des chiffres sur la montée en popularité des partis populistes au Québec (s’ils existent). Aussi, je pense que ta phrase « Car, les Québécois sont peureux de l’autre surtout lorsqu’il n’est pas chrétien et à des coutumes différentes. » ne se tient pas en elle-même. Elle devrait être liée à ta phrase précédente. Dans l’ensemble, un éditorial pertinent et convaincant.

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