Comme bon leur semble

1 décembre 2016 - par JBeauchamp

 

Ce sentiment de peur, ce frisson descendant votre dos en écoutant votre patron parler: «Vous avez été mis sous surveillance par la police. Il vous suit et vous écoute depuis quelque temps déjà. » Les pensées coulent à flots. Qu’avez-vous fait pour mériter cela? La réponse est rien. En fait, vous n’êtes que le chemin le plus facile pour accéder aux suspects dont ils ont besoin. Vous avez de bons contacts en tant que journaliste et les policiers n’en ont rien à faire de la liberté de presse. Alors, ils ont décidé de s’immiscer dans votre vie privée sans cogner, sans bonjour juste comme cela.

 

Chacun de ses gestes surveillés

Le chroniqueur de La Presse, Patrick Lagacé a été mis sous surveillance pendant plusieurs mois. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a obtenu 24 mandats par la juge de paix Josée Carufel. Ceux-ci permettent à la police d’obtenir tous les numéros des personnes que le journaliste contacte. Aussi, le SPVM a accès à sa localisation pour connaître tous ces faits et gestes. C’est comme une chasse aux sources, les policiers étaient les chasseurs qui restaient dans l’ombre tout en préparant les pièges pour tuer un animal innocent.

 

«Vous êtes comme utile à l’enquête, dans un sens»

La loi impose de faire ce qui est juste pour la population. L’un des policiers sur le dossier, Iad Hanna à expliquer à Patrick Lagacé: « (…) vous n’êtes pas impliqué à titre de suspect de quoi que ce soit. Vous êtes comme utile à l’enquête, dans un sens ». Il est clair que la notion de justice échappe au SPVM pour prioriser la facilité plutôt que la rigueur. Il est plus facile de dépouiller un homme innocent pour trouver les coupables que de les affronter.

 

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Les policiers s’incrustent dans les vies personnelles des journalistes, comme si tout leur est permis. Crédit: Euro-Synergies

Mentir pour mieux rassurer

Le responsable des Affaires internes du SPVM, Costa Labos a mentionné qu’à sa connaissance, aucun journaliste n’a été surveillé durant les dernières années. Il est intéressant de mentionner que pourtant en 2013, six journalistes de La Presse ont été espionnés grâce à leur appel téléphonique. Comment les journalistes peuvent-ils se défendre de quelque chose dont ils ne savent même pas qu’ils sont victimes?

 

Il est évident que lorsque la politique se mêle à la justice, ça tourne au vinaigre. Ce n’est pas la première fois que  le chroniqueur est sous surveillance. Après avoir découvert, une contravention que le maire Denis Coderre n’aurait pas payée. L’investigation du journaliste a été suivie par le SPVM pour une enquête criminelle qui avait pour but de découvrir sa source. Patrick Lagacé a raison: « (…) il y a trop de proximité entre le maire Coderre et  «sa»  police. Le bien public commande d’ériger un mur plus haut entre le SPVM et le bureau de notre maire hyperactif et contrôlant. »

 

Brimer le travail des journalistes en faisant la chasse aux sources ne doit pas être accepté dans notre société moderne. La liberté de presse permet à la population d’être informée. Chaque individu à ce droit fondamental qui est soutenu par la Charte canadienne des droits et libertés et la Cour suprême du Canada. Les journalistes n’ont pas le droit de divulguer les sources qui ne veulent pas être citées. La police contourne cette règle comme bon leur semble pour savoir ce qu’ils veulent. Le vice-président de l’information à La Presse, Éric Trottier prend cela comme une attaque à la profession du journaliste.

 

L’autorité abuse

On ne peut pas se laisser piétiner ainsi, il faut se défendre. Il faut unir les lecteurs, les journalistes, les compagnies médiatiques comme Québecor et le gouvernement pour les empêcher de faire tout ce qu’ils veulent. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) explique: « Face à de telles attaques à notre démocratie, le gouvernement ne peut plus fermer les yeux ».

 

Pour défendre les journalistes, il faut exiger des lois pour défendre les sources journalistiques. L’organisme Canadian Journalists for Free Expression a proposé trois lois pour défendre la liberté de presse.  Ceux-ci protègent les sources journalistiques, s’assurent que les mandats de surveillances soient regardés par un procureur de la couronne et rendent les mandats plus difficiles d’accès.

 

On ne peut pas se permettre de rester les bras croisés. Ce n’est pas juste le métier du journaliste qui est en jeu. Plusieurs vont se battre toutes les vies pour leur liberté. En tant que peuple nous avons le droit de savoir la vérité et de rester informer. Pour ne pas perdre ce privilège, prenons-nous mains dans la main et imposons ces nouvelles lois. L’auteur de la déclaration d’indépendance américaine, Thomas Jefferson a déclaré: « (…) notre liberté dépend de la liberté de presse et elle ne saurait être limitée sans être perdue».

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2 réactions sur “Comme bon leur semble”

  1. Bruno Morin dit :

    Tu veux avoir des lois pour réglementer les sources journalistique. Bonne idée, tu as manqué un élément malheureusement: un sénateur conservateur Claude Carignan a présenté un projet de loi pour faire que ce soit des juges des cours supérieures qui autorise les suivis des sources des journalistes. Tu trouves cette situation inacceptable et tu le démontre bien avec une variété de sources et de citations. Il y a quelques expressions que tu n’as pas terminé ce qui aurait pu apporté plus de couleur à ton éditorial.
    Tu t’améliores Janie!
    PS il n’y a pas six journalistes de La Presse qui ont été espionné juste deux : Patrick Lagacé et Vincent Larouche (André Cédilot?)

  2. diane Premi dit :

    J’adore ton amorce ! On se sent visés , et en tant que futur journaliste , ça nous touche profondément .
    Par contre je trouve que tes trois premiers paragraphes sont plus informatifs , qu’argumentatifs . Tu exposes les faits , mais on ne sait pas ce que toi tu en penses . A partir de « brimer les journalistes » on est vraiment dans l’éditorial , tu prend une position et l’appuie fermement !
    Bon travail !

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